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lundi 7 novembre 2011

Au revoir !

Ce blog va avoir quatre ans et j'ai décidé de le fermer.Tenir cette chronique durant quatre années m'a apporté beaucoup. Elle m'a permis de réactualiser ma vie et mes engagements passés au regard de l'actualité de la Nouvelle-Calédonie sous le régime de l'Accord de Nouméa.
Réactualiser mes réflexions aussi, à partir de ce que j'ai été ou fait, de ce que je suis devenu et les proposer par ce biais, internet.
...
Clics et déclics !
Ce que j'ai vu, entendu, ressenti au cours des deux ou trois mois écoulés a participé au déclic !
Retour sur ces dernières semaines.
Pêle-mêle:
. Le déboulé de M. Sarkozy, Président de la République Française, en Nouvelle-Calédonie !
A l'image de son quinquennat d'homme pressé. Mais ses prises de parole avaient de la hauteur, de l'équilibre, de l'ouverture. Tout cela m'a finalement plutôt plû.
. L'élection de Roch Wamytan à la présidence du Congrès et son discours relativement ouvert et autocritique quand il évoque l'image lamentable que donne trop souvent le monde politique calédonien.
. Les Jeux du Pacifique, un super moment qui n'a pas effacé dans ma mémoire les Jeux de 1987 à Nouméa, en pleine période des "Evénements"; quand boycott et manifestations autour du stade de Magenta avec gaz lacrymogènes remplaçaient moins avantageusement les feux d'artifices de 2011 ! Reste un malaise sur une forme de démesure de milliards et de médailles qui "coulent à flot" submergeant comme un tsunami les autres îles du Pacifique, sans moyens ni défenses.
. La commémoration des trente ans de l'assassinat de Pierre Declercq, martyr blanc de la cause kanak, que j'ai si bien connu comme professeur et "mentor" politique. Beaucoup d'émotions à l'évocation de cette période qui m'aura marqué à jamais, où la haine courait les rues de Nouméa ... Et  de quelques autres villages de Brousse. Pierre Declercq avec qui j'ai partagé trop tôt des idéaux de justice, d'égalité et de fraternité pour Notre Pays.
. Le 24 septembre à Balade et ces discours de Chefs Kanak tellement dignes ! Pour un retour aux vraies sources de cette confrontation de destins de peuples, de communautés et d'individus avant qu'ils ne deviennent peut-être enfin communs ...
. Stéphane Hénocque, un des leaders du "Collectif pour un drapeau commun", et un homme d'avenir peut-être, entendu et écouté dans l'émission "C'est-à-dire" de Thierry Rigoureau. J'ai apprécié sa sincérité et son honnêté intellectuelle. Même si, à titre personnel, j'ai déjà trouvé le drapeau qui peut le mieux nous représenter tous, celui de Kanaky ! Envers et contre toutes les réticences.
. Et encore, tout dernièrement, la lecture de l'article de Jean-Paul Caillard dans l'hebdomadaire "Les Infos" N°441 et paru sous le titre: "Deux peuples, une nation" et dont je partage la teneur. Satisfaction dans le même registre de lire Laurent Edo rapportant ses impressions et les leçons qu'il retire de la Semaine de la Citoyenneté autour des célébrations du 24 septembre 2011, toujours dans "Les Infos" ... Ses mots à lui évoquant pour moi une première expérience personnelle, il y a trente ans quand je suis allé à la rencontre de militants indépendantistes kanak à Poindimié alors qu'ils marquaient le deuil kanak du 24 septembre.
. Enfin, La "réappari(u)tion" de l'hebdo "Les Infos", nouvelle formule que je salue, comme une bouffée d'oxygène d'informations, de réflexions et d'analyses bien utiles par ces temps autant incertains qu''hyper médiatisés.
...
Autocritique:
Il y a du bon et du mauvais dans ces 150 messages écrits durant cette période de quatre ans.
Du bon quand je garde un peu de hauteur dans mes propositions d'analyses... et que je travaille "un peu" ce que j'écris.
Du mauvais quand le primaire s'exprime trop fortement laissant la colère ou parfois la rancoeur dominer.
J'ai voulu:
Réagir et donner à réfléchir sur ce qui se joue en ce début d'un nouveau siècle pour la Calédonie, comme un grand témoin et petit acteur des soixante dernières années écoulées, à vivre, à m'engager et à réfléchir pour mon pays; donner à réfléchir à partir de ma propre expérience, vécue en Calédonie, non pas du haut d'une théorie ou d'une idéologie mais accompagnée d'idéaux de justice et de paix nourris d'un humanisme peut-être un peu vieillot (?).
J'ai aimé:
Cet exercice périlleux, comme un saut dans le vide (avec un élastique aux pieds !).
Ce genre, le blog, carnet de bord où le privé se frotte, se heurte parfois, au public avec internet comme filtre pour une osmose plus ou moins réussie; intellectuellement et psychologiquement loin d'être de tout repos ! Internet, par quoi notre "production" nous échappe dès le premier "clic" sur "publier votre message" ... Comme la fameuse bouteille jetée à la mer et aussitôt emportée par les courants de l'océan ... Ceux d'internet, "flux RSS" et autres "liens" m'échappant complètement ! Et les reflux sous commentaires anonymes souvent déstabilisant.
Je n'ai pas aimé:
Cet aspect de la communication immatérielle, cette absence de contact physique qui tempère le mot; en particulier l'anonymat de ces commentaires introduisant une sorte d'échange inégal. Quand ce que j'écris peut être apprécié, commenté, critiqué à partir de ce que je donne à être sans que la réciprocité ne s'exerce ...
"Mais bon !" C'est la loi du genre et je l'ai acceptée en ne censurant aucun commentaire.
La suite ?
C'est simple, à partir de la date anniversaire des quatre ans de cette chronique d'une Kanaky-Nouvelle-Calédonie en devenir (peut-être !), le blog s'effacera ... Ou si vous préferez, s'autodétruira, comme (dans) une mission impossible (!).
...
Dernière réflexion ...
Il serait bon que l'on abandonne enfin, un peu, cette dictature des mots et slogans politiques en tous genres qui nous emprisonnent ou même nous empoisonnent, que l'on s'envoie à la figure, ou auxquels on se raccroche pour continuer à exister ... Pour nous ouvrir sur d'autres mondes qui pourraient être possibles (!). Certains, il y a quelques années, en Europe, ont montré ce chemin difficile, en abandonnant celui controversé de "la dictature du prolétariat", d'autres, il n'y a pas si longtemps, en revenant sur ces sacrosaints principes ultralibéraux de non intervention de l'Etat, pour des régulations nécessaires ...
A moins que ces mots et slogans soient les dernières vigies de combats passés avant d'être dépassés.
Ce qui ne signifie pas que les luttes ou les idéaux que ces mots recouvrent soient à abandonner, ni qu'ils soient vidés de leur sens.
Mais comment rendre compréhensibles, "appréhensibles" oserais-je, les objectifs, les espoirs, les idéaux passés et ceux de notre jeunesse d'aujourd'hui, si multiple, multicolore, multiculturelle, pour que les maux d'aujourd'hui trouvent leurs mots et se transforment en objectifs, espoirs et idéaux de maintenant pour le demain de cette jeunesse ... et de ses Anciens ?
Et une ultime proposition;
Les partis politiques calédoniens et l'Etat français se penchent dorénavant sur un éventuel nouvel accord politique pour "l'après 2014 ou 2019", et ils ont raison d'anticiper ces échéances; MAIS, quelqu'il soit, cet accord ne sera qu'un cadre politique, juridique et constitutionnel pour Notre Pays, jamais un cadre socio-culturel du vivre ensemble dans une société consensuelle. Autrement dit, un projet de société. Une société consensuelle ne se décrète pas, elle se fonde, et d'abord sur des valeurs partagées !
Sommes nous, tous, vous, moi, les autres, capables d'identifier des valeurs que les différentes communautés de Nouvelle-Calédonie partagent déjà ou pourrait partager ?
Par exemple, sommes nous capables de dépasser les incantations en usant et abusant de mots tels que le "respect" quand celui-ci recouvre des situations, des actions, des postures, etc. très variées et variables selon ces mêmes communautés ...
Peut-être serait-il envisageable d'organiser des "états-généraux" pour l'avenir de Notre Pays auxquels tous les citoyens seraient appelés à participer, parallèlement à la mise en place de nouvelles institutions; ce n'est sûrement pas une utopie, j'en suis convaincu, et le "comment" ne demande qu'un peu d'imagination ! Ce "Comment" devant éviter les écueils rencontrés lors de l'organisation du Grand Débat sur l'Ecole, un peu trop formelle.
Nous pourrions ainsi poser les fondements du Destin Commun dans les termes d'un projet de société consensuel dans lequel chacun et chaque communauté se reconnaîtrait, qui transcenderait les clivages politiques et culturels et irriguerait le projet éducatif de la future Kanaky-Nouvelle-Calédonie sans pour autant effacer les différences et les nuances entre ses composantes (je reste convaincu que très concrètement, ce travail de mise en évidence de ce qui nous rapproche tous est réalisable).
En guise de conclusion,
Je me sens apaisé. D'une certaine façon, j'ai vomi une Calédonie, j'en ai aimé une Autre, idéalisée !
Reste la plus belle à mes yeux, encore à construire, celle de mes enfants, de ces jeunes, Kanak, Caldoches, Wallisiens ou Futuniens, Javanais ou Viets, Métis, avec qui je partage tant et d'abord le respect et l'humour dans de grands éclats de rire. Reste aussi ma famille dont mes Oncles (Yvon, Camille, Jean, Roger, ou mon cousin aîné Daniel), qui me racontent tant de choses que mon père ne m'avait pas encore apprises (étais-je trop jeune ou trop imbu de mes certitudes pour le solliciter alors ?) ... Et ma Tribu au fond d'une Grande Vallée de Ponérihouen, à qui je rend hommage, une vraie Terre de Partage et de Parole, quand chacun, avec ses différences, fait un authentique pas vers l'autre. Hum ! Pas toujours facile de lâcher prise d'avec ses préjugés !
Et un Grand Regret, celui de n'avoir pas rencontré et échangé, fraternellement, avec mes lecteurs ... Un dernier MERCI à Eux, surtout à ceux qui ont fait preuve de patience et d'attention ainsi qu'à mon seul abonné qui se reconnaîtra.
Näbwé (fin)!
Jè mwââ wi-dëuru ... (à demain ...)
Et puis, ci-après, en guise de "postface", ce clin d'oeil pour un petit bouquin superbement écrit (bon, je sais, une évidence avec Jean D'Ormesson ...), mais surtout, dans un style et une forme que j'aime, apaisant, et un bonheur pour l'esprit ... Entre deux vieilles claquettes calédoniennes (re-clin d'oeil) un peu usées et rafistolées à l'image de leur propriétaire !

vendredi 12 août 2011

Maré: une si grande tristesse ! Et une leçon pour tous.

Maré,
J'ai mal à mon Pays.
Tant de familles endeuillées;
Tant de pleurs;
Tant de colères contenues;
Tant d'incompréhensions;
Maré,
Tant de Calédoniens se sentent aujourd'hui Maréens.

Je me sentais fatigué, avec l'envie très forte d'arrêter ce carnet de bord, à quoi bon, devant l'inutilité ou la vanité de la tâche, la puérilité voire la futilité de l'expression face à cette réalité calédonienne impossible à circonscrire...
Et pourtant, difficile de s'abstraire de la réalité trop souvent douloureuse de Notre Pays ... Quand on l'aime, lui et ses gens !

Je n'ai pas de leçon à donner et n'en donnerai pas; mais il y a une fois de plus UNE leçon que je tire de ces événements douloureux et dont, en toute modestie, ce blog se veut une expression têtue; une leçon pour TOUS, acteurs politiques, économiques, sociaux, ou encore intellectuels, qu'ils soient simples citoyens "de base", ou en charge de responsabilités de tous niveaux: c'est que nous devons aborder les problèmes de Notre Pays avec beaucoup de simplicité (posture synonyme pour moi d'humilité où l'égo se fait discret) et dans leur complexité (en termes d'analyse et de résolution de problèmes en termes également de solutions à proposer).
Le drame de Maré en est une illustration où se téléscopent nombre des problématiques de la société calédonienne...
Et je dédie cette réflexion à nos frères et soeurs de Maré comme à nos gouvernants, responsables politiques, économiques, coutumiers, syndicaux, éducatifs et religieux ... Et à tout un chacun, cet anti-chacun antithèse de celui du "chacun pour soi" ou "du chacun chez soi" !


La situation calédonienne est complexe; les "Faut qu'on", "Ya qu'à", "Si l'on" et "Pitucé"(*) ne devraient pas y avoir leur place ! Ils nous submergent pourtant dans les médias ou les conversations privées ...

Car rien n'est simple en Nouvelle-Calédonie. Quelques exemples "survolés" (par nécessité du genre présent) de cette complexité des questions ou problématiques qui traversent Notre Pays:
Les conflits de légitimité des pouvoirs en tout premier lieu.
Dans un royaume le pouvoir vient du sang; dans une dictature il vient de la force (armée). En démocratie, le pouvoir vient de celui qui le délègue, l'électeur mais parfois, insidieusement, de l'argent; dans une chefferie kanak le pouvoir vient du sang mais aussi de la terre. Et peut-être pourrait-on se poser la question du pouvoir dans la famille, oui mais quelle famille ? Et pour certains, beaucoup, de nos jeunes, quel(s) pouvoir(s) sont-ils prêts à reconnaître ? ...
Les conflits de légitimité des pouvoirs minent la société calédonienne.
Les conflits d'intérêts économiques et de développements.
Le "tout nickel" qui fonde l'essentiel de la richesse de la Calédonie avec les transferts financiers de l'Etat dont l'index de correction est un avatar coûteux ...  Trois usines sur notre petit archipel, dame Nature est généreuse dans sa terre rouge, mais tous ses "enfants" endémiques, verts forêts ou bleus lagons, vont souffrir ! Comment les (ré)concilier ? Imagine-t-on sérieusement d'autres développements alternatifs possibles ?
Les conflits d'intérêts économiques sapent le développement économique équilibré de la Nouvelle-Calédonie.
Les confusions entre des genres parfois (souvent ?) contradictoires.
Etre homme (ou femme) politique élu et grand patron par exemple; être chef coutumier et leader politique (choix cornélien de l'électeur qui est sujet !); être responsable syndical et patron; etc. ... Même si ces genres parfois contraires sont recevables, leur confusion participe grandement à rendre encore plus complexes voire inextricables nombre de situations politiques, sociales, économiques ou "sociétales" en Nouvelle-Calédonie.
Toutes ces confusions entre les genres troublent la vision politique de Notre Pays.
Les juxtapositions parfois confrontations de cultures et d'histoires.
Nous n'avons pas de culture commune, il faut bien le reconnaître. Même si l'Ecole transmet "de" la culture française ! Peu d'acculturation(**) en réalité, j'évoque celle qui ne se satisfait pas d'un week-end "découverte" même si cette démarche est utile d'un point de vue purement touristique ... Doit-on continuer à se satisfaire de cultures qui se côtoient même pacifiquement (ce qui n'est déjà pas si mal j'en conviens) ? Le constat reste que la richesse issue d'une diversité culturelle exceptionnelle ne parvient pas à générer une "créolité kanako-néo-calédonienne" qui serait le meilleur gage d'un destin partagé ...
Ces confrontations de cultures différentes en Nouvelle-Calédonie freinent encore trop l'essor d'une culture commune. 
Les rapports sociaux tendus.
Les conflits sociaux ne sont-ils pas avant tout des conflits de société(S) ... Quand ils ne dégénèrent pas en conflit de personnes !
Des rapports sociaux tendus par des écarts de revenus inconsidérés trop peu compensés par des fiscalités, directe et indirecte, équitables qui feraient payer plus aux plus fortunés pour une meilleure répartition de la richesse produite par le Pays ou une meilleure redistribution au profit de tous !
Et donc (dans le cas du conflit d'Aircal) une prise en compte par le Pays et non par une seule collectivité ou une entreprise de la continuité territoriale (je parle de la vraie, celle qui concerne les déplacements à l'intérieur de notre archipel).
Des rapports sociaux tendus sur le marché du travail où la problématique de l'emploi local butte sur une citoyenneté en berne et une formation initiale incapable d'élever le niveau de compétences de l'ensemble des jeunes calédoniens, et en particulier de ceux qui ont le plus besoin ...
Des rapports sociaux, donc, souvent tendus en Calédonie et qui continuent à perturber la recherche d'une harmonie sociale; comme un rêve impossible à réaliser ?
Les paradigmes éducatifs si divers et différents.
Tant de questions sur ce plan-ci ! Et tant de réponses diverses parfois opposées ...
Les valeurs transmises au sein des familles, petites ou grandes, métropolitaines, wallisiennes, kanak, caldoches, vietnamiennes, etc., au sein des clans aux Iles ou sur la Grande Terre, sont-elles les mêmes ? Met-on les mêmes gestes, les mêmes mots derrière le mot "respect" par exemple et en infra celui de "politesse" ?
Et, jusqu'à quel point l'Ecole déforme-t-elle plus qu'elle ne forme en termes éducatifs ? Quand la scolarisation entraîne la désocialisation (pour un enfant kanak qui quitte sa tribu par exemple) et quand l'échec de la "socialisation scolaire" entraîne une déscolarisation destructive ...
Ces paradigmes éducatifs parfois trop différents qui rendent difficiles la compréhension de l'Autre et l'ouverture vers l'Autre ...

La complexité est partout présente en Nouvelle-Calédonie, au niveau des individus et dans les relations qu'ils entretiennent jusqu'au niveau de la gouvernance de Notre Pays. Toutes les problématiques, politiques, économiques, sociales ou sociétales, éducatives, culturelles, relationnelles, doivent l'intégrer pour promouvoir une société calédonienne plus équilibrée et juste, plus sereine enfin.
La complexité est partout présente mais trop de solutions apportées à ces problématiques ne sont que des solutions partielles, ou simplistes ... On ne traite quasiment systématiquement que les symptômes ou les conséquences rarement les causes des maux calédoniens ... Alors, l'impression de piétiner ou de retour en arrière persiste et plombe notre moral.

Et pourtant, les Accords de Matigon-Oudinot et l'Accord de Nouméa sont des modèles de solutions politiques complexes répondant à une situation politique calédonienne complexe !
Face aux problèmes de la société calédonienne qui perdurent, j'ai bien l'impression que c'était TROP GRAND ! Nos responsables politiques et nous-mêmes, citoyens de base, n'avons pas été à la hauteur du défi que comportait ces Accords !

C'est ce qui avait motivé ce blog que j'avais voulu illustrant cette complexité pour prendre mes distances, autant avec les experts "en tout et n'importe quoi" (***), qu'avec la politique, trop politicienne ("pirandellienne"(****)) à mon goût. 
Engagé en politique je n'ai jamais pu penser que j'avais et mon parti avec moi, complètement raison et les partis adverses complètement tort ... C'est dur de faire de la politique avec une telle posture intellectuelle et c'est pourquoi j'assume mes contradictions (je les cultive même, et certains billets en sont un témoignage ...) comme une part vécue de ma réalité calédonienne. Mais aussi comme une porte ouverte sur la complexité des choses calédoniennes et son appréhension.
CAR;
Pour une complexité bien comprise:
La complexité ne signifie pas la complication des choses;
La complexité n'entraîne pas l'inertie, ni l'inaction;
La complexité, c'est l'approche globale des choses selon Edgar Morin.
La complexité c'est le paradigme du LIEN et de la mise en RELATION.
La complexité engendre l'ouverture d'esprit et nécessairement une attention à l'Autre;
la complexité enrichit l'action !

(*) "Héros" d'une petite bande dessinée du journal "Le Monde" il y a de nombreuses années.
(**) Acculturation : processus par lequel un groupe humain assimile tout ou partie des valeurs culturelles d'un autre groupe humain.
(***) Depuis le temps que ces experts nous étudient et nous scrutent ainsi que la société calédonienne que nous formons pour proposer des solutions à nos problèmes, le paradis ne devrait plus être loin ! 
(****)De "Pirandello" qui a écrit une pièce de théatre: "Chacun sa vérité".

mardi 27 avril 2010

Des destins communs brisés: leçon d'histoire belge...Rwandaise, yougoslave !

Leçon d'histoires passées et présentes:
En Belgique, à l'heure actuelle, ils sont tous "blancs" ... Avec des langues différentes et un seul roi; ils se déchirent !
Au Rwanda, au tournant du siècle, ils étaient tous "noirs" ... Avec des histoires différentes celles des Tutsis et des Hutus, ils se sont déchirés !
En Yougoslavie, dans les années 90, ils étaient tous "blancs ou presque" ... Avec des religions différentes et un état fort, ils se sont déchirés !
Comme beaucoup d'autres pays de par le monde ... Qui ont voulu ou pour lesquels "on" a voulu mettre en place un "Destin Commun". Ce "on" pouvant être aussi varié qu'une institution internationale, une ancienne puissance coloniale, un homme charismatique ... Ou le hasard !
Et ces trois pays ci-dessus, ont rompu les fragiles équilibres élaborés avec force imagination juridico-constitutionnelle, ou par la force d'un seul homme, ou encore avec une force ... Armée !
Pour finir écrabouillés par leurs propres démons !
La preuve que rien est acquis parce qu'on l'a dit, écrit, ou encadré ... Si les hommes et femmes du pays n'ont pas fait leur, au plus profond d'eux-mêmes, dans leurs tripes autant que dans leur coeur cette aspiration à une communauté de destin. Et encore !!!
Chez nous "on" entretient l'illusion d'une paix, en fait toujours fragile au-delà des apparences, et celle d'un destin commun possible, que j'imagine plus par la force des choses -"condamnés à vivre ensemble"- en étant  l'expression consacrée, que par une "folle envie de vivre ensemble", Kanak, Caldoches, Zoreilles ou Wallisiens... Et autres ethnies "confondues" !

Messieurs, Frogier, Néaoutyine, Gomès, Tuyénon, Martin, Wamytan, Leroux, Pidjot, Michel, Mapou, Jodar, Uréguéï, Guénant;
Mesdames, Thémereau, Guanéré, Lagarde, Deteix, Ohlen, Goyetche, Robineau, Gorodey, Daly, Eurisouké, Voisin, Machoro;
Mesdames, Messieurs, mes concitoyens, citoyens ou non du Pays Nouvelle-Calédonie, TOUS, nous sommes interpellés par la question suivante:
Avons-nous la même appréhension et compréhension du destin commun pour (Kanaky-)Nouvelle-Calédonie ?
Rappelons-nous donc:
Les Hutus et les Tutsis au Rwanda, où une ethnie dominante devait garantir l'unité;
Les Wallons et les Flamands en belgique, où un régime de monarchie parlementaire devait garantir l'unité;
Les Serbes, Croates ou Bosniaques en Yougoslavie, où un régime de parti unique et une idéologie "forte" devaient garantir l'unité;
Unités et communautés de destin  qui ont volé en éclats !
Et, soit dit en passant, l'ECOLE dans ces pays, même après plusieurs générations d'écoliers, n'a pas empêché la déchirure, ni la fracture, voire la guerre !
Ce n'est donc pas l'ECOLE qui, en Nouvelle-Calédonie fera ou bâtira une communauté de destin mais notre projet COMMUN et CONSENSUEL de vivre ensemble dans une même société MULTICULTURELLE !
Il s'agit bien ici d'un projet commun de société ... Si nous en avons l'envie, pas parce que nous y sommes condamnés ! 
Or, en Nouvelle-Calédonie, les écarts entre les idéologies des différents partis politiques et des différentes parties (les Hommes et les Femmes, les cultures,etc.) en présence, sont si grands qu'un rapprochement en vue d'un consensus sur une vision commune d'une société kanako-néo-calédonienne multiculturelle me semblent une utopie ... A ce jour ! Je n'évoque pas ici un accord politique que nos hommes et femmes politiques sauront probablement trouver.
Car, précisément, ce que nous apprend l'histoire des trois pays évoqués ici, c'est que:
Tout accord politique restera superficiel avec des équilibres fragiles, tant que l'on ne s'attaquera pas aux fondations d'une véritable communauté de destin ! Là où tout reste à faire. 

P.S. Il suffit de constater à quel point nous sommes partagés sur une question qui pourrait être anecdotique ... Celle du drapeau !

mercredi 28 janvier 2009

J'ai lu: la revue juridique, politique et économique de Nelle-calédonie !

Et j'ai dépensé 1500 francs, excusez du peu, pour m'abêtir; alors que toutes les grandes institutions soutiennent et sponsorisent cette caricature de revue "savante"; la Nouvelle-Calédonie n'est pas prête de sortir de son ignorance !
N°12 (2008/2)
Quand on voit le soi-disant niveau des intervenants (je ne parle pas de leur CV à rallonge), c'est à faire peur de l'efficacité de l'université française à produire des hommes ou femmes, chercheurs objectifs !
A moins que cette revue sous ses aspects austères pour faire rigoureux et sientifique, ne soit qu'un outil de propagande ou de collecte de fonds publiques de plus !
A moins que tous ces chercheurs, consultants, doctorants, ne soient là que pour le soleil et le fric !
Le thème du dossier principal: "Prévention de la violence, des incivilités et de l'insécurité en Nouvelle-calédonie". J'ai été sensible... A la lecture du titre du dossier.
Ben ! J'en ai été pour mon argent, grave !
Même l'interview de Yazid Kerfi, qui a "habité 25 ans la quartier du Val-Fourré à Mantes-La-Jolie", est hors du temps et de l'espace calédonien. J'avais envie de crier: " et moi, cela fait presque 60 ans que j'habite en Calédonie, sur la Côte Est, à Nouméa, à Païta", et je que je suis pas "trop con", eh bien, cet interview m'a laissé pantois, une fois de plus; "ils" vont finir par me tuer.
J'avais envie, ici, d'extraire quelques phrases pour faire la démonstration de l'inadaptation de cette phraséologie, mais j'ai renoncé à perdre mon temps à faire du commentaire "sorti de son contexte" ?
L'article: "la délinquance en Nouvelle-Calédonie" de Benoît Coquelet, avec ses wagons de "taux", "d'agrégats" et "catégories", de "typologie des commettants", de "structure de la délinquance" ... M'a laissé "KO technique". Evidemment je sais que la précision du langage scientifique garantit sa rigueur, mais pas pour ne rien dire, rien proposer en final, surtout dans ce domaine précis des sciences humaines où tout citoyen qui se respecte est en attente de propositions auxquelles il pourrait adhérer!
Déjà, dès le début, ou presque, l'acte d'allégeance est accompli: le mot du "Président du gouvernement et maire de Païta", Harold Martin, celui de Jean Lèques, "maire de Nouméa", et enfin celui d'Eric Gay, "maire du Mont-Dore".
Bien encadrés, les scientifiques, alors que ces élus s'expriment déjà largement dans les revues, journaux et médias divers pour "propagander" leur vision des choses.
Pour parachever le "tout absurde", un article de Claire-Flore Aluze ... attention ... "Responsable de secteur, Cellule de coordination du contrat d'agglomération, ville de Nouméa". Il faudra agrandir le format des cartes de visite ! Qui commence par une introduction évoquant des mots du ministre de l'intérieur de 2005, M. Sarkozy. La suite n'a aucun goût, avec des définitions: "la sécurité", les "préventions précoce, primaire, secondaire (sic), tertiaire, sociale, situationnelle" ... En passant par "une coproduction de la sécurité" ... Ouf ! N'en jetez plus, j'abandonne la lecture, même celle du "projet de Charte sur le partage de l'information nominative dans le cadre des CLS du Grand Nouméa" ... Je vous jure, je n'invente rien !
Arrêtez la masturbation intellectuelle ... S'il vous plaît !

Définitivement; je sais que je n'habite pas le même pays que "ces gens-là".
Et merci M.Brel.

Sur ce sujet de la délinquance, consulter ces autres billets, pour des réflexions moins "scientifiques", certes, mais néanmoins quelque peu fondées :
http://chroniquekanakynouvellecaledonie.blogspot.com/2009/03/delinquance-avant-il-y-avait-moins-de.html
http://chroniquekanakynouvellecaledonie.blogspot.com/2013/02/insecurite-et-vie-chere-comment-le.html
http://chroniquekanakynouvellecaledonie.blogspot.com/2010/08/citoyennete-civisme-revenons-la-source.html
http://chroniquekanakynouvellecaledonie.blogspot.com/2009/10/la-citoyennete-comme-un-solution.html
http://chroniquekanakynouvellecaledonie.blogspot.com/2013/02/etre-kanak-et-sdf-ben-longin-y-quelque.html

mercredi 14 janvier 2009

Une violence kanak prévisible ?

Oui, parlons de cette violence qui couve chez les Kanak, et pas seulement chez les jeunes.
Parlons de la violence de la colonisation, qui perdure sous des formes modernisées en ce 21ème siècle.
Parlons de la violence faîte à ces hommes et ces femmes cantonnés dans des "réserves", condamnés à disparaître de "la grande histoire" dans les années 1920.
Parlons de la violence de toutes ces images chocs qu'internet et les médias véhiculent.
Parlons de la violence du mal être de ceux qui ont si peu quand d'autres à côté ont tant.
Parlons de la violence des rapports de domination entre les hommes, selon qu'ils ont le pouvoir politique ou économique, selon la couleur de leur peau, selon qu'ils sont instruits ou non, selon qu'ils sont hommes ou femmes.
Parlons de la violence de l'Ecole Républicaine incapable à produire plus d'élites kanak au cours des 156 années de présence française.
Parlons de la violence faite aux fesses de femmes noires offertes que les missionnaires ont voulu cacher quand les fesses de leurs femmes blanches étaient couvertes de jupons; pour qu'au 21ème siècle, les fesses de femmes blanches s'exposent sans vergogne quand les fesses des femmes kanak sont cachées sous des robes dites "missions" !
Parlons de la violence d'un rapport à la Terre aussi improbable, difficile, que toujours remis en question.
Parlons de la violence de ces "grands" médias populaires locaux si timorés ou ignorants de leur propre pays, champions du "pas de vague" ou du conformisme, du publi-reportage; incapables du moindre journalisme d'investigation.
... ---...
Parlons de toutes ces violences qui, comme dans une tragédie, en un même lieu, un même temps, une même action, frappent le cerveau de ces hommes-femmes; et dont ils ne peuvent s'échapper au pire qu'à l'aide de quelques expédients alcoolisés ou cannabisés, au mieux en s'accrochant à quelque religion un peu plus généreuse.
Comme je les comprends.
Comme je comprends leur révolte insoutenable.
Comme je comprends leur tentation suicidaire; sous quelque forme ...
Que faire ? Aurait dit un Lénine. Qu'y faire, dirais-je ?
...---...
Et pourtant, combien Notre Pays est beau, si riche, si plein "d'à venir" heureux; ou d'avenir incertain ...
Et pourtant, il y a de nombreux Kanak au volant de beaux 4x4; accèdent-ils enfin à la "réussite" ?
Et pourtant, il y a de plus en plus de serveuses Kanak dans les restaurants; sérieuses et engagées dans leur job ! Bon signe ? ...
...---...
Je sais le bonheur de vivre en Calédonie, je connais les bonheurs des coups de fête sans se préoccuper de l'origine de l'un ou de l'autre, j'aime les métissages, des corps, des idées, des coups de gueule; j'ai peur de cette violence, latente, cachée, contenue, retenue, soudaine, mortelle, trop souvent.
Alors, cette violence kanak:
Anecdotique ? Négligeable ? Collatérale ? Fantasme ?
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Amen.

jeudi 8 janvier 2009

6 janvier: Bonne année à tous les Chefs Kanak !

Mardi 6 janvier 2009, il est 11 heures quand nous arrivons à "La Commune" (*); toute la tribu est déjà là; nous sommes un peu génés; nous sommes en retard ! Comme quoi, il est des heures kanak qui respectent l'heure de la montre, ce qui n'est pas notre cas.
Tous les gens qui se reconnaissent de la tribu et qui sont présents ce jour sont en train de défiler devant les membres du Conseil des Anciens et du Chef pour leur souhaiter la Bonne Année. Je fais discrètement appeler David, le Président du Conseil pour lui demander de nous excuser et savoir comment nous devons faire; notre geste aurait dû être joint à ceux de tous les clans de La Vallée.
Pendant que nous allons saluer les uns et les autres, une plaisanterie par-ci, une grande embrassade par-là, le Président consulte discrètement quelques personnalités du Conseil puis Napwé prend la parole devant tout le monde en païcî pour expliquer que la famille Douyère allait présenter à tous et au Chef notre geste de Bonne Année.
La table au milieu de "La Commune" est dégagée, un banc installé pour que nos enfants et nos deux Vieux puissent s'asseoir. Je dépose sur la table le manou que j'avais choisi, il représente des tortues et des poissons stylisés "esprit", un billet une casquette "Koniambo Nickel SAS", hautement symbolique, que l'on m'avait donnée et que je destine à Willy, notre Chef. A côté, notre participation à l'apéritif et au repas qui suivront les cérémonies, des boissons hygiéniques et une bouteille "carrée", une "plaque" aussi et les gamelles préparées, encore chaudes.

Je suis ému. C'est toujours un moment important, pour moi, chaque année de participer à cette journée. Comme une sorte de renouvellement annuel d'une alliance ancienne, nouée implicitement par mes père et grand-père, renouée en 1985 par mon père et moi-même au moment des revendications de terres et en 1993 par moi-même et Anne qui avait accepté de m'accompagner quand je suis venu m'installer sur ce bout de terrain familial perdu sur la Côte Est au fond de cette vallée de Tchamba, pour lui redonner vie tout en assurant la direction du collège à Ponérihouen.

Echange de paroles, simples sincères, fortes aussi. J'évoque la fraternité, notre affection réciproque, notre souci partagé pour notre jeunesse, les repères que nous sommes, Nous, ici, pour Eux. La patience et le dévouement des femmes ... A nous de faire en sorte que 2009 soit une Bonne Année. En retour, parole d'amitié et exemplarité de nos relations sur le contre-don ...
Il est temps d'aller prendre l'apéro !
Une belle table est dressée avec boissons, amuse-gueules, nos verres remplis sont maintenant levés pour trois superbes "hip hip hourra" qui ont résonné fort, effrayé les cerfs, et ... Amené la pluie ! "Mêinâ popaa" (**) !
Libre-service a dit Thomas. Nous défilons remplir nos assiettes de ces préparations dont les femmes ont le secret ...
Discussion avec Samuel qui travaille à Kouaoua pour la SLN, sur le Nickel et les aléas de son cours qui ne l'inquiètent pas outre mesure ... Avec Jeannot et Edouard qui encadrent les jeunes pour diverses animations sportives; j'évoque avec eux mon projet de marquer la date du 4 mai 2009, vingtième anniversaire de la mort tragique de Jean-Marie Tjibaou, inventeur de la Transversale Tiwaka-Koné, par une course en relai entre Poindimié et Koné en sa mémoire. Et sur cette route autrefois décriée et qu'il a voulue avec l'appui des Païcî- Cemuhî ...
Après le repas, foot, volley, pétanque, perturbés par la pluie qui recommence à tomber. il va falloir que j'abandonne mon verre de "diawé mî" (***), mes amis et notre discussion animée. Cette fois le creek que nous devons traverser pour rejoindre notre maison ne nous attendra pas pour monter, il se moquera bien de notre pick-up qui ne pèsera pas lourd face au courant !
Nous nous séparons à regret ... Une fois de plus, quelque chose s'est passé.

Bonne Année "ukaï" (****) !!!

(*) Maison Commune administrée par le Conseil des Anciens.
(**) Forte pluie.
(***) Vin, littéralement "l'eau rouge".
(****) Chef.