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mercredi 4 novembre 2015

Système éducatif calédonien et destin commun: un colloque pour quoi faire ?!

Le titre de ce colloque: "Le système éducatif calédonien à l'heure du destin commun".
Belle ambition !
Par ce billet, je ne souhaite pas remettre en cause la démarche, ni la méthode, voire même le principe. Il y a derrière ce projet, des énergies, de la bonne volonté, de la foi peut-être !
Non, ma réflexion n'est pas sur ce registre ...

A l'occasion de ce colloque, c'est d'abord une étrange impression, une drôle de sensation qui s'impose à moi: celle qu'une grande partie de ma vie défile en accéléré, environ trente années passées à m'occuper d'éducation, d'enseignement !
Et puis, il y a ces mots, ces expressions, ces thèmes, récurrents, mille fois répétés, qui m'ont accompagné tout au long de ce parcours et qui reviennent sans plus rien me dire finalement:
École calédonienne, échec (de qui ?), réussite (pour qui ?), efficacité (ou efficience), adaptation (des programmes par exemple), interculturalité, multiculturalité, sens de l'école, orientation, décrochage, innovation, système éducatif, projet éducatif, projet pédagogique, (les sanglots longs de) l'école de la réussite pour tous, maîtrise de la langue française, FLE (français langue étrangère), FLS (français langue seconde), lutte contre (plein de choses ! L'échec scolaire, l'absentéisme, la déscolarisation, etc.), rythmes (scolaires, biologiques,etc.), culture(s), évaluation (de plein de choses ! Les élèves, les enseignants, les établissements, etc.) ...
...
Je suis entré dans l'enseignement en 1978, il y a bientôt quarante années (en tant que professeur à Touho; mais, en 1957 en tant qu'élève à l'école communale de Poindimié ...) ! Et en tant qu'ancien enseignant, directeur, formateur, parent (de quatre enfants/élèves), militant politique aussi, je ne suis pas certain que beaucoup de choses aient changé ! Je suis mal à l'aise avec tout cela !
Un coup de blues en quelque sorte ...
...
Il y a un malaise ! Non ?
Notre système éducatif a très peu évolué, sinon aux marges. Le nombre d'élèves a augmenté, de nouveaux établissements ont vu le jour, certes, suivant simplement en cela la courbe de l'évolution démographique, c'est quantitatif ! Il y a eu quelques adaptations; mais, qualitativement, c'est-à-dire, dans ses structures, dans ses méthodes, le système est stable. Stable dans ses "performances" à faire échouer et à marginaliser une part critique des enfants de Notre Pays; dans un environnement humain et social qui lui a changé, grandement... et qui reste potentiellement explosif !
...

Si on souhaite assigner la mission sublime à notre système éducatif de creuset du Destin Commun à l'école, je pose deux questions:
Quid de l'apprentissage obligatoire d'une langue du pays (*) par tous les enfants scolarisés (au collège, peut-être) ? Question simple.
Quelle place pour l'acculturation (au sens le plus noble du terme) à l'école (**) ? Question complexe.
Le reste n'est qu'affaire de techniques, de formation initiale des enseignants, de moyens financiers et matériels, de volonté politique ... et d'évolution des mentalités !
...
Les plus beaux projets sont comme les plus belles constitutions des pays et peuvent subir le même sort: rester lettres mortes (et ne pas empêcher l'avènement de dictatures pour les constitutions) !

(*) J'espère que le lecteur ne me fait pas l'offense de penser que je ne sais pas qu'il y a 28 langues kanak; cela n'est pas un obstacle, c'est une difficulté qui demanderait un peu de volonté et d'organisation pour être surmontée !
(**) Acculturation: "processus par lequel un groupe humain assimile tout ou partie des valeurs culturelles d'un autre groupe humain" (Le Petit Robert).
J'entends donc ici l'acculturation comme un processus d'échange équitable entre les différents groupes humains qui composent la (Kanaky-)Nouvelle-Calédonie. Rien à voir avec l'intégration ou l'assimilation par la culture dominante des autres cultures dont l’École actuelle est un vecteur privilégié !

vendredi 12 août 2011

Maré: une si grande tristesse ! Et une leçon pour tous.

Maré,
J'ai mal à mon Pays.
Tant de familles endeuillées;
Tant de pleurs;
Tant de colères contenues;
Tant d'incompréhensions;
Maré,
Tant de Calédoniens se sentent aujourd'hui Maréens.

Je me sentais fatigué, avec l'envie très forte d'arrêter ce carnet de bord, à quoi bon, devant l'inutilité ou la vanité de la tâche, la puérilité voire la futilité de l'expression face à cette réalité calédonienne impossible à circonscrire...
Et pourtant, difficile de s'abstraire de la réalité trop souvent douloureuse de Notre Pays ... Quand on l'aime, lui et ses gens !

Je n'ai pas de leçon à donner et n'en donnerai pas; mais il y a une fois de plus UNE leçon que je tire de ces événements douloureux et dont, en toute modestie, ce blog se veut une expression têtue; une leçon pour TOUS, acteurs politiques, économiques, sociaux, ou encore intellectuels, qu'ils soient simples citoyens "de base", ou en charge de responsabilités de tous niveaux: c'est que nous devons aborder les problèmes de Notre Pays avec beaucoup de simplicité (posture synonyme pour moi d'humilité où l'égo se fait discret) et dans leur complexité (en termes d'analyse et de résolution de problèmes en termes également de solutions à proposer).
Le drame de Maré en est une illustration où se téléscopent nombre des problématiques de la société calédonienne...
Et je dédie cette réflexion à nos frères et soeurs de Maré comme à nos gouvernants, responsables politiques, économiques, coutumiers, syndicaux, éducatifs et religieux ... Et à tout un chacun, cet anti-chacun antithèse de celui du "chacun pour soi" ou "du chacun chez soi" !


La situation calédonienne est complexe; les "Faut qu'on", "Ya qu'à", "Si l'on" et "Pitucé"(*) ne devraient pas y avoir leur place ! Ils nous submergent pourtant dans les médias ou les conversations privées ...

Car rien n'est simple en Nouvelle-Calédonie. Quelques exemples "survolés" (par nécessité du genre présent) de cette complexité des questions ou problématiques qui traversent Notre Pays:
Les conflits de légitimité des pouvoirs en tout premier lieu.
Dans un royaume le pouvoir vient du sang; dans une dictature il vient de la force (armée). En démocratie, le pouvoir vient de celui qui le délègue, l'électeur mais parfois, insidieusement, de l'argent; dans une chefferie kanak le pouvoir vient du sang mais aussi de la terre. Et peut-être pourrait-on se poser la question du pouvoir dans la famille, oui mais quelle famille ? Et pour certains, beaucoup, de nos jeunes, quel(s) pouvoir(s) sont-ils prêts à reconnaître ? ...
Les conflits de légitimité des pouvoirs minent la société calédonienne.
Les conflits d'intérêts économiques et de développements.
Le "tout nickel" qui fonde l'essentiel de la richesse de la Calédonie avec les transferts financiers de l'Etat dont l'index de correction est un avatar coûteux ...  Trois usines sur notre petit archipel, dame Nature est généreuse dans sa terre rouge, mais tous ses "enfants" endémiques, verts forêts ou bleus lagons, vont souffrir ! Comment les (ré)concilier ? Imagine-t-on sérieusement d'autres développements alternatifs possibles ?
Les conflits d'intérêts économiques sapent le développement économique équilibré de la Nouvelle-Calédonie.
Les confusions entre des genres parfois (souvent ?) contradictoires.
Etre homme (ou femme) politique élu et grand patron par exemple; être chef coutumier et leader politique (choix cornélien de l'électeur qui est sujet !); être responsable syndical et patron; etc. ... Même si ces genres parfois contraires sont recevables, leur confusion participe grandement à rendre encore plus complexes voire inextricables nombre de situations politiques, sociales, économiques ou "sociétales" en Nouvelle-Calédonie.
Toutes ces confusions entre les genres troublent la vision politique de Notre Pays.
Les juxtapositions parfois confrontations de cultures et d'histoires.
Nous n'avons pas de culture commune, il faut bien le reconnaître. Même si l'Ecole transmet "de" la culture française ! Peu d'acculturation(**) en réalité, j'évoque celle qui ne se satisfait pas d'un week-end "découverte" même si cette démarche est utile d'un point de vue purement touristique ... Doit-on continuer à se satisfaire de cultures qui se côtoient même pacifiquement (ce qui n'est déjà pas si mal j'en conviens) ? Le constat reste que la richesse issue d'une diversité culturelle exceptionnelle ne parvient pas à générer une "créolité kanako-néo-calédonienne" qui serait le meilleur gage d'un destin partagé ...
Ces confrontations de cultures différentes en Nouvelle-Calédonie freinent encore trop l'essor d'une culture commune. 
Les rapports sociaux tendus.
Les conflits sociaux ne sont-ils pas avant tout des conflits de société(S) ... Quand ils ne dégénèrent pas en conflit de personnes !
Des rapports sociaux tendus par des écarts de revenus inconsidérés trop peu compensés par des fiscalités, directe et indirecte, équitables qui feraient payer plus aux plus fortunés pour une meilleure répartition de la richesse produite par le Pays ou une meilleure redistribution au profit de tous !
Et donc (dans le cas du conflit d'Aircal) une prise en compte par le Pays et non par une seule collectivité ou une entreprise de la continuité territoriale (je parle de la vraie, celle qui concerne les déplacements à l'intérieur de notre archipel).
Des rapports sociaux tendus sur le marché du travail où la problématique de l'emploi local butte sur une citoyenneté en berne et une formation initiale incapable d'élever le niveau de compétences de l'ensemble des jeunes calédoniens, et en particulier de ceux qui ont le plus besoin ...
Des rapports sociaux, donc, souvent tendus en Calédonie et qui continuent à perturber la recherche d'une harmonie sociale; comme un rêve impossible à réaliser ?
Les paradigmes éducatifs si divers et différents.
Tant de questions sur ce plan-ci ! Et tant de réponses diverses parfois opposées ...
Les valeurs transmises au sein des familles, petites ou grandes, métropolitaines, wallisiennes, kanak, caldoches, vietnamiennes, etc., au sein des clans aux Iles ou sur la Grande Terre, sont-elles les mêmes ? Met-on les mêmes gestes, les mêmes mots derrière le mot "respect" par exemple et en infra celui de "politesse" ?
Et, jusqu'à quel point l'Ecole déforme-t-elle plus qu'elle ne forme en termes éducatifs ? Quand la scolarisation entraîne la désocialisation (pour un enfant kanak qui quitte sa tribu par exemple) et quand l'échec de la "socialisation scolaire" entraîne une déscolarisation destructive ...
Ces paradigmes éducatifs parfois trop différents qui rendent difficiles la compréhension de l'Autre et l'ouverture vers l'Autre ...

La complexité est partout présente en Nouvelle-Calédonie, au niveau des individus et dans les relations qu'ils entretiennent jusqu'au niveau de la gouvernance de Notre Pays. Toutes les problématiques, politiques, économiques, sociales ou sociétales, éducatives, culturelles, relationnelles, doivent l'intégrer pour promouvoir une société calédonienne plus équilibrée et juste, plus sereine enfin.
La complexité est partout présente mais trop de solutions apportées à ces problématiques ne sont que des solutions partielles, ou simplistes ... On ne traite quasiment systématiquement que les symptômes ou les conséquences rarement les causes des maux calédoniens ... Alors, l'impression de piétiner ou de retour en arrière persiste et plombe notre moral.

Et pourtant, les Accords de Matigon-Oudinot et l'Accord de Nouméa sont des modèles de solutions politiques complexes répondant à une situation politique calédonienne complexe !
Face aux problèmes de la société calédonienne qui perdurent, j'ai bien l'impression que c'était TROP GRAND ! Nos responsables politiques et nous-mêmes, citoyens de base, n'avons pas été à la hauteur du défi que comportait ces Accords !

C'est ce qui avait motivé ce blog que j'avais voulu illustrant cette complexité pour prendre mes distances, autant avec les experts "en tout et n'importe quoi" (***), qu'avec la politique, trop politicienne ("pirandellienne"(****)) à mon goût. 
Engagé en politique je n'ai jamais pu penser que j'avais et mon parti avec moi, complètement raison et les partis adverses complètement tort ... C'est dur de faire de la politique avec une telle posture intellectuelle et c'est pourquoi j'assume mes contradictions (je les cultive même, et certains billets en sont un témoignage ...) comme une part vécue de ma réalité calédonienne. Mais aussi comme une porte ouverte sur la complexité des choses calédoniennes et son appréhension.
CAR;
Pour une complexité bien comprise:
La complexité ne signifie pas la complication des choses;
La complexité n'entraîne pas l'inertie, ni l'inaction;
La complexité, c'est l'approche globale des choses selon Edgar Morin.
La complexité c'est le paradigme du LIEN et de la mise en RELATION.
La complexité engendre l'ouverture d'esprit et nécessairement une attention à l'Autre;
la complexité enrichit l'action !

(*) "Héros" d'une petite bande dessinée du journal "Le Monde" il y a de nombreuses années.
(**) Acculturation : processus par lequel un groupe humain assimile tout ou partie des valeurs culturelles d'un autre groupe humain.
(***) Depuis le temps que ces experts nous étudient et nous scrutent ainsi que la société calédonienne que nous formons pour proposer des solutions à nos problèmes, le paradis ne devrait plus être loin ! 
(****)De "Pirandello" qui a écrit une pièce de théatre: "Chacun sa vérité".

jeudi 11 mars 2010

Il était une fois ... Nos cultures !

Cannabis, nakamals, tatouages, danses tahitiennes, rodéos, etc.
Sont devenus ... Des signes extérieurs de culture !
Les très fortes migrations de ces trente-quarante dernières années ont révolutionné nos cultures.
Nous sommes devenus ce que les Autres, les Extérieurs, ont fait: ce qu'ils rêvaient que nous étions !!!
Que l'on soit Kanak ou Caldoche.
Le cannabis n'existait pas, Ici, il est devenu quasiment culturel pour les jeunes (ou moins jeunes) Kanak, revendiqué comme tel, même.
Les nakamals n'existaient pas, ni le kava, il est devenu un critère d'intégration culturelle, revendiqué par beaucoup "from in and out" !
Le tatouage n'existait pas, sauf sur les cailloux (pétroglyphes), ni chez les Vieux Kanak ni chez les Vieux Colons, il est devenu une mode affichée "cococéanienne".
Les danses tahitiennes existaient ... A Tahiti, elles sont devenues "cu-culturelles" pour la moindre manifestation culturelle.
Les rodéos existaient ... En Amérique; les stockmen les ignoraient, les "conduites" ou rentrer le bétail n'étaient que leur boulot au quotidien ! Le rodéo est devenu un folklore où même les chapeaux en cuir sont importés !
Je pourrais continuer ainsi (très) longuement pour dire qu'il y a une faille énorme entre ceux qui se battent pour la reconnaissance culturelle et ceux qui "subterfugent" nos cultures !
Je suis celui qui est, non pas celui qui suit ... Telle est ma révolte.
Toute ces fausses cultures agressent l'ACCULTURE que j'appelle de toutes mes forces.
Adieu Kanaky-Calédonie, serais-tu morte-née ? Etouffée à la naissance !
Cela écrit, j'aime ces brassages culturels que nous intégrons comme des fenêtres ouvertes ... sur ces ailleurs que nous avons intégrés et faits nôtres ! 

vendredi 10 juillet 2009

Une quadrature du cercle ethnico-communautaire ...

Métissage, mot-tissage, maux-tissage... Tissage de mots pour éviter tous ces maux tissés autour de ce mot et de mo-â.
Barak Obama, est-il un noir qui a une mère blanche ... ou un blanc qui a un père noir ? (Question entendue dans l'une des émissions d'Yves Calvi regardée il y a quelques temps déjà: "C'est dans l'air").
Bonne question ! Mais, Barak Obama, qu'il soit noir ou blanc ... Ou métis, est de culture américaine, US !
A l'heure d'un nouveau recensement de la population de la Nouvelle-Calédonie, qu'en est-il pour nous en Calédonie où toutes les nuances de couleur de peau nous renvoient à des cultures différentes voire très différentes ?
Dans quelle(s) communauté(s) est-ce que je me reconnais le mieux, existe-t-elle ???
Quel mot vais-je choisir pour éviter les maux de tête, pour éviter d'avoir mal à mon coeur ?
AUTRE ! Mais quoi AUTRE ? Quelle est cette communauté AUTRE dans laquelle je pourrais me réfugier ?
Bon !
Je suis assimilé blanc et européen ! Donc ethniquement et logiquement, je devrais cocher la case (en tôle ?) "européen". Pourquoi pas, à la limite, "je m'en fous", si l'ethnie n'est qu'une question de couleur de peau; mais l'ethnie et la culture sont-elles assimilables ? Ma différence y trouvera-t-elle son compte ... Mes aïeux chinois, kanak, y trouveront-ils leur compte ? Ces deux siècles et demi qui ont vu toutes ces générations d'aïeux bourbonnais se succéder sous le Tropique du Capricorne, dans l'Océan Indien avant de migrer dans l'Océan pacifique, y-trouveront-elles leur compte ? Qu'advient-il de leur "océaniennitude", et de la mienne ?

A moins que "Caldoche" définisse mieux ma communauté d'appartenance ... Mais qu'est-ce qui définit le "Caldoche", vais-je me reconnaître dans ces traits souvent grossiers (lesquels ?) caractérisant le Caldoche ?
Comme ailleurs, sous d'autres cieux tropicaux, d'autres sont "békés" ou "créoles", ou les deux.
Toutes ces questions se bousculent dans ma tête.
Et puis, même si je coche AUTRE, est-ce que les statisticiens de l'ISEE, au vu de mon nom de famille ne vont pas corriger d'eux-mêmes ma fiche pour m'expédier vers la case (en tôle ?) "européen" ?
Bon, alors reprenons !
Puisque je peux choisir une ou plusieurs réponses possibles:
Je coche: "européen", "kanak", "autre asiatique" et ... "Autre à préciser", et je précise "caldoche" ... Pas mal, non ? C'est un peu la vérité, non ? Oui, ethniquement parlant !
Mais bien insatisfaisant du point de vue de la Grande Culture à laquelle j'estime appartenir, celle des Océans du Sud. Car le ciel que regardent les générations de mes aïeux qui m'ont précédé est celui de l'Hémisphère Sud avec la Croix du Sud ou la grande Constellation du Centaure (pas l'étoile du Berger ou la Grande Ourse) ... Le climat auquel ils se sont adaptés était tropical, La nourriture dont ils ont fait des plats succulents sont les taros (bourbons), les ignames ou maniocs. La langue qu'ils parlaient était un mauvais français, le créole ou la langue kanak de leur lieu d'implantation, les "tempêtes" qui les ont forgés étaient des cyclones ... Et que dire de cette acculturation (*) qui m'a tropicalisé depuis si longtemps et que je revendique ...
...
Ben ! Voilà, c'est comme ça, mon vieux, t'avais qu'à pas avoir un aïeul qui a quitté l'Alsace en 1761 pour l'Île Bourbon, un coolie chinois de Paddon arrivé dans les années 1840 à New-Caledonia et qui a épousé la fille du chef Titéma dit Watton, un autre arrivé de la Réunion en 1875 et installé à Ponérihouen et tchamba ... C'est comme ça et t'a qu'à démerde !!!
...
Au bout du compte, je remercie l'Histoire (de France, en partie) avec un grand H, qui a fait qu'autant de petites histoires humaines ont produit ce que je suis, un homme océanien un peu blanc, un peu marron ... Et fier de l'être, définitivement !
(*) Acculturation: processus par lequel un individu, un groupe social ou une société entre en contact avec une culture différente de la sienne et l'assimile en partie.
L'acculturation que j'évoque n'a rien à voir avec la simple chemise à fleur (que j'aime porter), le simple "copier-coller" d'expressions ( de gros mots ...) ou de mimiques qu'utilisent certains individus qui n'ont rien compris, pour faire "lôkââl" ...

vendredi 9 janvier 2009

Quelle destinée pour le "Destin Commun": 2ème réflexion.

Le temps, le temps nous a manqué, alors qu'on avait le temps. Ce temps qui avait été inscrit dans l'Accord de Nouméa, en 1998, prévu sur 20 années et dont on a "bouffé" la moitié. Non pas que je crois qu'il faille prolonger le dit accord. Non, simplement certains hommes politiques ont été roublards et d'autres laxistes ou les deux en même temps.
En 1998, je trouvais et beaucoup avec moi que ces 20 années, c'était long, trop long; d'autres peut-être pensaient qu'on avait le temps ! Tous les Responsables politiques qui ont élaboré et signé l'Accord de Nouméa sont Responsables, précisément, de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Ils ont joué avec le feu et le "ils" inclut les dirigeants Kanak.
Quelle situation ?
Celle d'une société calédonienne en voie "d'hawaïsation" ? Une société calédonienne écartelée ? Une partition sociétale ? Au-delà de ces apparences trompeuses de société multiethnique.
Un peuple autochtone avec ses institutions spécifiques (sénat et sénateurs, droit spécifique coutumier, ...) au milieu d'une société fonctionnant de plus en plus sur un modèle métro tout juste tropicalisé.
Migration importante et facilitée voire favorisée (continuité territoriale (sic) avec le "territoire" métropolitain, par exemple), "eldorado" revendiqué, au point que la Province Sud et Nouméa voient leur population augmenter considérablement; à en demander la révision des clés de répartition alors que leurs élus sont les premiers responsables de cette situation ... Qu'ils ont "un peu" favorisée ! Y-a-t-il eu 20 000 personnes débarquées de la Province Nord ces dix dernières années ? Ou sont-elles débarquées à Tontouta ?

Quel Destin Commun peut-on construire ainsi ?
Les scribes de l'Accord de Nouméa avaient pourtant mis ces 20 années devant nous pour que la population calédonienne et ses différentes communautés "apprennent à vivre ensemble" !Mais pour cela, il ne fallait pas perdre de temps ! Et faire en sorte que ces populations qui ont à se (re)connaître soient définies et stabilisées. Certains ont pensé que c'était l'enjeu du "corps électoral gelé", ils se sont trompés et bien ! Volontairement ? Le corps électoral gelé et la liste électorale spéciale n'ont pas été fécondés de sens.Non, que l'on aime ou pas à le dire, il fallait restreindre les migrations pour permettre la consolidation des rapprochements, favoriser les acculturations, contraindre le système éducatif à être performant pour augmenter les compétences des dites populations circonscrites par l'Accord de 1998 ...Au lieu de quoi, les uns dans leurs provinces Nord et Iles ont fermé pudiquement les yeux pour se concentrer sur la gestion de leur institution ( avec quelque raison bien sûr) et l'autre province, la Sud, comme le gouvernement, ont surfé sur les flux migratoires.

Le métissage ? Tous métis en 2025 ? Solution géniale ou "génitale" au Destin Commun ? Une fumisterie, une méconnaissance profonde de Notre Pays... Et de ses populations, de leurs évolutions respectives ! Tous dans un même pays c'est sûr, dans un même lit pour que l'on s'aime, n'importe quoi ! Le métissage existait avant même que le premier blanc ne débarque en Calédonie, il s'est poursuivi avec leur arrivée, il n'a produit aucune "créolité", ni langue commune qui se serait perpétuée ... Ici, on est tous métis, chacun chez soi et dans sa culture !!!Paradoxalement, les affrontements, les conflits sur les terres, les luttes des Kanak pour prendre leur part du pouvoir, en fait, l'histoire, ont rapproché les différentes populations et c'est ce que prétendait prendre en compte l'Accord de Nouméa; mais, depuis 1998, c'est plutôt à une véritable fuite en avant qu'on assiste: les cultures propres se folklorisent, la culture kanak s'enferme dans les musées et les centres culturels quand les jeunes kanak la fuient; les wallisiens, futuniens, vanuatais et bientôt polynésiens transfèrent et installent leurs propres chefferies en Kanaky-Nouvelle-calédonie (avec l'aval des chefferies kanak ?), les calédoniens dits "de souche" deviennent des pionniers folkloriques justes bons à rodéer ou être héros de BD, quand ils devraient être maintenant et aujourd'hui les pionniers inventeurs d'un avenir qu'ils tiennent en partie entre leurs mains, les métropolitains débarquent pour s'approprier sans vergogne, aurait-ils tord de s'en priver, ce territoire si facile, ignorant son statut, pour s'éffaroucher d'être écartés de ses scrutins spécifiques!!!

Dans de telles conditions, comment peut-on seulement évoquer un Destin Commun ? Quand vingt à trente pour cent de la population de Nouvelle-Calédonie seront arrivés ces dix ou quinze dernières années ? Comme pour une nouvelle colonisation en marche accélérée celle que n'aurait pas réussi le Gouverneur Feillet au dix neuvième siècle? A l'assaut de ce fameux "eldorado" si justement évoqué qui favorise le creusement des écarts, "distord" la société calédonienne, la bouscule !
Tous ces déséquilibres sociaux, culturels, humains, économiques, ne pourront engendrer que de la tension, bien loin du tableau idyllique d'un hypothétique "Destin Commun"!

Il n'y a plus de charrue à boeufs en Calédonie, mais nous on arrive malgré tout à mettre la charrue avant les boeufs ! A moins que les boeufs ne soient pas ceux que l'on croit.

Il n'est peut-être pas trop tard pour bien faire, pour se poser et se rencontrer pour mettre en place les états généraux d'un Destin Commun qui n'exclut personne, et en premier lieu "les populations concernées" telles que définies dans l'Accord de Nouméa et pour qui le concept avait été inventé; créer les bases fondatrices du vivre ensemble pour le siècle à venir.